A la une: encore un accident causé par un chauffard!

Et ce premier témoignage de riverain, habitant à la hauteur du chemin de la Voile, disant avoir entendu comme un «bruit de bombe sous ses fenêtres». La bombe est une Lamborghini Murcielago blanche, conduite par un jeune Russe de 22 ans.

La route suisse entre Bellevue et Versoix ressemblait hier au lever du jour à un circuit de voitures de course. Des traces de ripage au sol sur plus de 100 mètres, des courbes noires qui se croisent jusque sur la piste cyclable, un mur au crépi explosé, plus loin une barrière de jardin entièrement détruite. Et ce premier témoignage de riverain, habitant à la hauteur du chemin de la Voile, disant avoir entendu jeudi soir, peu avant 23h30, comme un «bruit de bombe sous ses fenêtres».
La bombe est une Lamborghini Murcielago blanche, conduite par un jeune Russe de 22 ans. Elle vient d’emboutir par l’arrière une Golf qui roulait normalement en direction de Lausanne. Au volant, un ressortissant allemand de 70 ans. Le choc est à la mesure de la différence de vitesse: la VW se retrouve projetée à plus de 50 mètres. Les pompiers devront découper le toit pour extraire son occupant, grièvement blessé. L’auteur de l’embardée, sorti par la porte papillon de son bolide avant l’arrivée des secours, est également acheminé en ambulance à l’hôpital, précise la police genevoise dans son communiqué lapidaire.

Moteurs hurlants
Et c’est tout? Non, les faits sont beaucoup plus graves. Trois témoignages concordants, recueillis hier par la Tribune de Genève, détaillent les circonstances de cet accident aux conséquences dramatiques. Ils ont tous vu la même chose: une course-poursuite à plusieurs millions, impliquant trois autres véhicules – une Bugatti Veyron, une Mercedes McLaren et une Porsche Cayenne. Ces quatre voitures sont vues aux abords de l’Hôtel de la Réserve roue dans la roue, traversant le centre de Bellevue à une vitesse inadaptée, puis se mettant en ordre de course à la sortie du rond-point.
Quatre jeunes conducteurs parlant la même langue, déterminés à se disputer ce kilomètre lancé qui file tout droit jusqu’à Versoix. «Moteurs hurlants, je les ai vus se dépasser plusieurs fois, franchir la double ligne blanche, avant que l’un d’eux ne parte en tête-à-queue et n’emboutisse la Golf qui le précédait», explique notre témoin.
La suite est encore plus accablante. Les trois voitures qui ont échappé à l’accident reviennent sur les lieux, ignorent la Golf qui s’est encastrée dans la barrière de la propriété et s’arrêtent à la hauteur de la Lamborghini qui fume de partout. Un ami à sauver. Il est déposé au bord de la route, sous les yeux d’un passant qui appelle le 117. Pour dire quoi? «Que les trois individus sont en train de prendre la fuite en direction de Genève. Je les ai vus partir, puis revenir une dernière fois, à toute vitesse, pris dans leur rodéo sans fin.» Ce rodéo à rallonge porte un nom sur les ondes des nombreuses patrouilles qui se déroutent sur les lieux: délit de fuite. Aggravé encore par la non-assistance à personne en danger.
Des faits réellement accablants, que la police ne souhaitait pas confirmer hier. Ni d’ailleurs la présence le même jour d’une Bugatti et d’une Mercedes devant un palace du centre-ville. Notre témoin est formel: «Ce sont les mêmes véhicules, les modifications au niveau de la carrosserie sont identiques, les plaques correspondent au signalement que j’ai transmis par téléphone à la centrale de police, puis aux inspecteurs qui m’ont interrogé sur les lieux de l’accident.»
Comment se fait-il alors que ces bolides hors catégorie n’aient pas été mis sous séquestre? Est-ce à dire que la fourrière n’accueille pas les voitures de luxe? Et que ces conducteurs d’un soir peuvent continuer à se déplacer librement dans une ville qui s’est promis de traquer les auteurs de courses-poursuites?
Source: Tribune de Genève, Thierry Mertenat